Lectures citoyennes
C’est rare de me voir lire un livre politique. J’ai toutefois fait une exception pour notre secrétaire d’État à la prospective et au développement de l’économie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a sorti, le 29 octobre dernier, “Tu viens ?”.

Dans la famille “KM”, je demande donc la sœur, forte tête connue pour ces coups d’éclats à l’Assemblée, ancienne secrétaire d’État du ministère de l’Environnement, donc assez au fait de l’écologie et du développement durable.
Point n’est question ici de laver son linge sale en tribune publique, le but de ce livre est ouvertement citoyen:
Bonne raison pour parler un peu de demain, pour rêver un peu à demain. Tu viens ? D’y aller ensemble, d’en parler ensemble, la destination gagnera en clarté, et le chemin en sera facilité. Il traverse déjà l’écologie et le numérique.
Et effectivement, NKM nous parle peu du présent, à peine plus du passé et beaucoup de l’avenir.
Pour ce qui est de la forme, l’écriture est claire, agréable à lire, riche sans toutefois être trop surchargée. Les citations culturelles sont légions et vont de Sartre à René Char en passant par Dick ou même Asimov, Thoreau et Weil. Cette étalage laisse un léger goût de snobisme intellectuelle, mais vraiment léger: chaque citation est consciencieusement expliquée pour qu’elle cadre dans la démonstration générale. Si elle invoque Antigone, c’est pour démontrer que le dialogue est nécessaire:
Ces questions, que porte le dialogue d’Antigone et de Créon, l’on ne peut les saisir qu’à la condition d’entendre toujours leurs deux voix, jamais l’une sans l’autre
Si Thoreau est ensuite appelé, ce n’est pas pour prôner les vertus de la désobéissance civique, mais pour rappeler qu’”il n’y a de citoyenneté que si les principes de la loi ne sont pas bafoués”. Sujet philosophique, terminal: doit-on se soumettre à une loi injuste ?
De nombreux thèmes sont traités dans ce livre: la place des femmes dans notre société, l’utopie, la crise, l’écologie, le numérique, la République 2.0, la sobriété des usages du monde moderne,…
Tout ceci en fait une introduction à une future publication: Tuviens.fr. Une deuxième version est en effet en préparation et cette fois, c’est au tour des internautes de jouer le jeu du Web 2.0 en répondant sur le site à une ou plusieurs des 6 questions développées dans le livre: Qui sont les prophètes ? S’insurger : pourquoi et comment ? Quels modèles de développement pour demain ? Qui sont les crapauds fous ? Vers une démocratie 2.0 ? Quelle gouvernance internationale pour Internet ?
Tous ensemble, mais chacun à sa façon, dessinons le monde qui vient.
Ça sent un peu le Désir d’Avenir, avec tous les risques que cela comporte. Suivi de mode ou volonté sincère, seul la suite nous dira si l’auteur de cet essai veut véritablement changer les choses et lancer le débat.
Pour ma part, je reste encore divisée:
La sceptique: “Bon, on a compris que tu l’as aimé ce bouquin, mais ça fait tout de même très programme de campagne sous mots couverts, tout ça. Elle ratisse large, la petite: les féministes, les écolos, les geeks, le logiciel libre, les utopistes, les pessimistes, j’en passe et des meilleurs”
La naïve: “Mais non, t’as rien compris. C’est une discussion sur comment changer le monde pour pouvoir dépasser les diverses crises que nous traversons. Le crise économique, ok, mais aussi la crise environnementale, sociale,…”
La sceptique: “Ben oui, c’est ce que je dis, elle ratisse large”
La naïve: “Oui mais si personne le fait, on continue à se tourner les pouces, à s’engueuler les uns les autres, à écouter les prophètes de mauvaises augures, les scientifiques, les économistes, etc, nous raconter que le monde va mal, sans rien faire ? Faut bien commencer à en parler pour pouvoir agir ensuite, mettre en place des infrastructures, se servir des nouvelles technologies, tout ça tout ça”
La sceptique: “…..”
La naïve: “Bon alors, tu viens ?”
La sceptique: “Mouais, faut voir. Si c’est pour un avenir technologique et écologique, plus démocratique, pourquoi pas. Faudra m’en dire plus, parce que je suis encore perplexe, moi.”
Crédit photo: KozToujour
Tous mes encouragements a sortir des news de ce type.
salut julia !
tu viens de nous démontrer (si il le fallait encore et encore) avec brio qu’être geek n’était pas synonyme d’attardé inculte !!!
bravo et chapeau bas …
je vais investir ce week-end dans un vrai livre sans image
Merci pour ce retour. Je suis aussi partagé entre envie d’y croire et scepticisme. Le problème est que les idées ne valent rien si l’on a pas le courage de lutter contre l’ordre établi à un moment donné. Et je me demande si NKM a ce courage…