Féminisme et religion
“Il y avait à Alexandrie une femme du nom d’Hypatie ; c’était la fille du philosophe Théon ; elle était parvenue à un tel degré de culture qu’elle surpassait sur ce point les philosophes, qu’elle prit la succession de l’école platonicienne à la suite de Plotin, et qu’elle dispensait toutes les connaissances philosophiques à qui voulait ; c’est pourquoi ceux qui, partout, voulaient faire de la philosophie, accouraient auprès d’elle. La fière franchise qu’elle avait en outre du fait de son éducation faisait qu’elle affrontait en face à face avec sang-froid même les gouvernants. Et elle n’avait pas la moindre honte à se trouver au milieu des hommes ; car du fait de sa maîtrise supérieure, c’étaient plutôt eux qui étaient saisis de honte et de crainte face à elle.” Ces quelques phrases, tirées de l’Histoire ecclésiastique de Platon le Scolastique, résume la vie d’Hypatia d’Alexandrie, philosophe, mathématicienne et astronome. C’est autour de ce personnage charismatique qu’Alejandro Amenábar, réalisateur de l’excellentissime “Les autres” qui lui avait déjà valu une pluie de nominations, notamment celle de la Mostra de Venise. Le réalisateur et scénariste remet cette fois le couvert avec Agora, présenté hors compétition au festival de Cannes 2009.
Pour ce qui est de l’histoire, le film suit la déchéance de la cité d’Alexandrie à travers l’aventure (réelle) d’Hypatia, incarnée par Rachel Weisz. Cette période qui verra le saccage de la grande bibliothèque d’Alexandrie et la disparition de la quasi totalité de ces ouvres sera un tournant de l’Histoire, le pivot entre l’Antiquité et le Moyen Âge, ainsi que l’expansion de la religion catholique dans le monde. La surprise majeure ne vient pas tant de son scénario, retraçant l’histoire de cette femme ayant révolutionner la pensée scientifique, mais plutôt de la réalisation. On oscille entre documentaire et film d’action: de longs travellings nous exposent le pillage de la bibliothèque, tel l’œil d’un oiseau qui contemplerait la scène, entre-coupés de scènes d’action rapides et brutales, extrêmement violentes, où l’ont est comme plongé dans cette apocalypse qu’est la guerre de religion, la croyance aveugle et la chasse aux sorcières. Amenábar nous donne ici une bonne leçon de cinéma et surtout une belle démonstration de son talent, que l’on connaissait déjà.

Cerise sur le gâteau, Rachel Weisz, tout simplement magnifique dans son rôle d’Hypathia d’Alexandrie, femme libre, esprit brillant, charismatique professeur. On frémit lorsqu’elle est sur le point de découvrir le mystère de notre Système solaire, on a peur lors de son combat pour sauver les livres de la grande bibliothèque, on reste admiratif de ses cours de philosophie, et on éprouve de la colère à sa fin. Envouté, le mot est faible. Les “seconds couteaux” ne se font tout de même pas souffler la vedette par la belle anglaise: Oscar Isaac en Oreste (déjà vu dans Mensonges d’État), Michel Lonsdale en Théon (un français vu dans Le mystère de la chambre jaune) et Max Minghella en Davus complètent le casting et apportent avec brio des personnages admirablement bien joués.
Pour résumer, vous êtes fan d’histoire antique, de sciences et / ou de Rachel Weisz, pas une hésitation à aller voir ce film. Sinon, ne vous laissez pas rebuter par cette critique, Agora est un très bon film d’action dans lequel il est facile de plonger et qui vous laisse soufflé, même si vous en connaissez déjà le dénouement (quelques recherches sur Internet permettent de découvrir facilement l’histoire d’Hypathia d’Alexandrie). Aucune hésitation à avoir donc, c’est du bon
Film étonnant.
D’indéniables qualités mais des points noirs qui m’ont empêché de voir le film avec les mêmes yeux. Le jeu des comédiens, les décors, le scénario tout est là our vous transporter dans l’histoire et pour tant a mon gout une chose cloche : la réalisation ou du moins la direction du film. Aménabar appose un dictat sur les images et la pensée. on attend d’un réalisateur qu’il soit présent en chef d’orchestre, mais là c’est trop. Impossible de justifier ce sentiment j’ai eu l’impression qu’on m’avait attaché de force dans mon fauteuil et obligé de penser avec les yeux d’un autres. Étrange sentiment.
Il en ressort un film avec énormément de qualité, une histoire somptueuse , des acteurs sublimes bien qu’agaçant pour certains (Davus fait un peu tête à claque ^^). Une richesse de propos mais des moments lourds … des images qui me reviennent : les deux travelling arrières m’ont véritablement tuer le film, le pipeau de l’espace.
Dommage j’aurais aimé l’apprécié autant.
Bonjour Julia,
j’ai pour ma part été un peu déçue par le dernier film d’Amenabar, non pas que le film soit désagréable, mais je le trouve très en-dessous d’un “Habre los ojos” ou d’un “Mar adentro”…
Pour moi c’est un film divertissant, agréable à regarder mais pas transcendant.
Mais enfin, les goûts et les couleurs…
http://lecinevore.com/2010/01/agora/