Critique ciné : Watchmen les gardiens
Réalisé par Zack Snyder
Avec Jackie Earle Haley, Patrick Wilson, Matthew Goode
Date de sortie : 4 mars 2009
Durée : 2h43
Et si la guerre du Vietnam avait été gagnée par les américains, et si le pétrole avait déjà été remplacé, et si on maitrisait le nucléaire, et si les justiciers n’aidaient pas la veuve et l’orphelin mais préféraient ne penser qu’à eux, et si la société américaine imbue d’elle même se prenait pour un dieu, et si le monde ne se fixant plus de limites partait en vrille et si le sexe conservait une place importante dans le comportement des super héros?
Oui, Watchmen est différent. Différent de Peter Parker, qui court après la délicate Mary Jane dans l’espoir de lui faire un bisou à l’envers en haut d’un gratte ciel. Différent des X-Men et de leur morale. Différent d’un Batman confiné dans sa cave ne sortant que la nuit.
Les Watchmen sont des stars, des héros, la pointe d’orgueil d’une société américaine imbue d’elle même, dépravée. On ne cherche pas la pitié, on l’achève. On ne se pose pas de question, on agit. On ne fait pas le bien… on fait.
Ce film n’est pas ce qu’on pourrait attendre d’une adaptation d’un comics. D’ailleurs, le livre dont est il est adapté est une “nouvelle illustrée” composée de 12 chapitres, 12 actes d’une comédie dramatique, pas un comics. Les scènes s’apparentent plus à une chorégraphie jouant une symphonie d’émotions, de couleurs et de mouvements dans un décor loin de tout strass et paillettes, nous mettant inexplicablement mal à l’aise.
Le film long de 2h40 est en fait une version courte des 3h25 de la version qui sortira en DVD / Bluray, cinéma oblige. Le film est dure, gore, érotique, bizarre, dérangeant quelque part.
Mais alors, comment le prendre ce film? Si vous vous attendez à vous détendre sous le feu de l’action, passez votre chemin, vous allez cruellement vous ennuyer et être déçu. Pris au premier degrés, c’est un film long, lent, entrecoupé de scènes improbables au milieu de personnages au looks ridicules gesticulants sur des musiques incohérentes. Les scènes de combats font cruellement penser à celle de 300. On s’ennuie ferme espérant qu’il se passe quelque chose. Passé 2H, on n’y croit plus. On sait que ça doit finir, on regarde sa montre, on déplore les costumes kitch et l’histoire bateau bourrée d’erreurs historiques. On est consterné face au pénis d’un mec surpuissant bleu qui se balade à poil dans l’univers en se téléportant façon DBZ et on se dit justement, que DBZ fournira peut être un meilleur spectacle (la blague!).
Par contre, si vous avez lu le livre avant (chose que je vous recommande pour mieux apprécier le film), vous ne pourrez qu’admirer avec quel brio Zack Snider a su transmettre dans un film, toutes les approches et les nuances qu’Alan Moore (créateur de la “BD”) a semé dans Watchmen.
Imaginez un peu. Nous sommes en 1970 aux USA. Tandis que nous (américains) perdons la guerre du Vietnam (un chose inconcevable qui va être souvent déformée dans beaucoup de film), nous entrons dans une autre guerre, la guerre froide où 2 grosses puissances nucléaires joue à “qui a la plus grosse” avec à la commande du bouton rouge un Nixon à bout de souffle (il ne finira pas son deuxième mandat et préfèrera démissionner). Mais nous sommes aussi au milieu d’une génération issue du baby boom post seconde guerre mondiale en pleine effervescence. Consommation, racisme, décadence, évolution, on prend le progrès en marche, on oublie les limites, on rêve de vivre dans l’un des mondes issus de comics qui abondent et vantent le bien être d’une civilisation à l’histoire encore bien courte (l’Europe est un dinosaure à côté).
Et à ce moment, un type vient prendre à revers cette vision utopique, utilisant ce même univers de rêves, mais en y ajoutant les vices de la nature humaine.
Ça dérange un peu non?
Bien voilà ce qu’est Watchmen. Un brise rêve, une claque, une remise en place, une dénonciation de cette volonté qu’a l’homme à se prendre pour un dieu. Et coup de grâce, il embrasse la déontologie à coup d’absurdité en montrant du doigt les frappes nucléaires à Hiroshima et Nagasaki faisant passer la logique humaine pour un gamin capricieux qui se réfugie derrière des chiffres pour justifier l’impardonnable.
Zack Snyder a su apporter une touche de poésie dont la beauté vous rincera les yeux.
Ce film, comme la BD d’ailleurs, est une œuvre d’art. Pour l’apprécier il faut la remettre dans son contexte, et l’analyser pour comprendre ce que son auteur à chercher à nous montrer.
- Payer une place de ciné plein tarif : Non si vous cherchez du fun, oui pour la réalisation et la culture
- Payer une place de ciné à tarif réduit : oui c’est à voir, au risque de ne pas apprécier (on peut toujours sortir de la salle)
- Acheter le DVD/Bluray à la sortie : Oui, car la version finale dure 3h25 et sera accompagné de beaucoup de bonus dont l’intervention du réalisateur
- Louer le DVD : bizarrement non. Ce film ne se voit pas juste comme ça. Vous voudrez vite l’arrêter.
- Acheter la “BD” : oui c’est culte quand même et un peu de culture ça fait du bien
Merci Cédric pour ce gros moment de cinéma ;-)